Petite histoire de la briqueterie de Saint-Ilan en Langueux

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I - LE PERSONNEL

Jusqu'au milieu du XIXe siècle, les activités principales des habitants de Langueux avaient été de fabriquer du sel, de cultiver la terre et d'en vendre les produits qu'ils en retiraient. La révolution industrielle allait bouleverser la vie de ceux et celles qui ne possédaient rien et qui travaillaient comme journaliers et journalières dans les exploitations agricoles.

 

  
Les hommes travaillaient comme dockers chez les marchands de bois et de charbon, faisaient la pêche à Terre-Neuve, ou étaient ouvriers briquetiers à l'usine de Saint-Ilan. Les femmes étaient lavandières, couturières ou employées à Saint-Brieuc dans les fabriques de brosses, de pinceaux, ou encore chez des négociants en produits du sol. Certaines d'entre elles allèrent travailler à la briqueterie.
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J'ai fait des relevés pour les seuls habitants de Langueux. Cette main-d’œuvre venait aussi des communes avoisinantes : Yffiniac, Hillion, Pommeret…

En 1886, les hommes y étaient dits : journaliers, manœuvres, voituriers ; en 1872, « bricquiers » puis, à partir de 1876, briquetiers. En 1896, M. du CLÉSIEUX y est nommé « fabricant ». À partir de 1901, on voit apparaître quelques qualifications : charretiers, charrons, chauffeurs. En 1906, M. Théophile de KEROUALIN est « industriel tuilier ». Cette même année, M. Jean-Marie BERTHO y est comptable. En 1911, on rencontre, en outre, des terrassiers, un « mousse briquetier » et un conducteur d'autos ; en 1926 un cimentier et un employé de bureau. M. Ernest MOREL y est, cette même année, qualifié de « chef de fabrication ». En 1931, un mécanicien, un « conducteur de camion automobile », un chauffeur de fours, un agent commercial, un « directeur des tuileries », M. Philippe BOURGEOIS ; puis en 1936, on y trouve un contremaître, M. Eugène NICLAUSE.

On voit apparaître les femmes dans le travail de la briqueterie en 1911 où deux sont qualifiées d’ouvrières ; en 1926 quatre journalières ; en 1931 deux ouvrières d'usine, une employée de bureau, Mlle Mathilde DESTOC, et une sténodactylo, Mlle Madeleine MOREL ; en 1936 trois briquetières.

Des enfants y étaient également employés dès l'âge de douze ans : « En 1879, les Pères du Saint-Esprit de la colonie de Saint-Ilan signent un contrat avec Olivier du CLÉSIEUX, le fils d'Achille, pour fabriquer des briques dans son usine ; les jeunes détenus sont payés moins cher qu'un ouvrier professionnel et sont très productifs. De plus, une partie des bénéfices revient à la colonie. » Clément PASCAL, Saint-Ilan, Destin d'une colonie pénitentiaire agricole privée et catholique au XIXe siècle 1843-1903, Mémoire octobre 1990 AD St Brieuc 500j112.

Parmi tous ces habitants de Langueux, nés à Langueux, ou dans le département, il m'a paru intéressant de relever les « intrus » :

  • en 1921, Ambroise LE RAYER né en 1884 à Fougères, employé de bureau ; Ferdinand LE NEINDRE né en 1864 à Guina Carmen au Mexique, manÅ“uvre ;

  • en 1926, Louis GAUTHIER né en 1908 à Saint-Martin, île de Jersey, manÅ“uvre ; Victor PIVRON né en 1889 à Gacé, cimentier ;

  • en 1931, Philippe BOURGEOIS né en 1867 à Dijon, directeur des tuileries ; Charles SUDRE né en 1901 à Paris, agent commercial ; Mathilde DESTOC née en 1896 à Rennes, employée de bureau ;

  • en 1936, Firmin MARTEIL né en 1919 à Houdan, briquetier ; Eugène NICLAUSE né en 1901 à Nancy, contremaître ; Andrée MOREL née en 1918 à Rennes, sténodactylo.

II - L'USINE

En 1864, à l'initiative de M. Olivier du CLÉSIEUX qui fut maire de Langueux de 1871 à 1904, et de M. François ROUXEL de VILLEFERON, armateur à Plérin, le projet de fabrication d'une usine de briques et de tuiles vit le jour. Le lieu choisi pour son implantation fut « Boutdeville » dans les Grèves, espace plat de 3 ha 85 protégé côté terre par une colline boisée, ouvert côté mer aux vents porteurs de sable et au flux qui, lors des grandes marées, inondait la voie ferrée du petit train « Saint-Brieuc - Collinée » sur laquelle se branchait, à l'intérieur de l'usine, une voie de raccordement.
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Que fabriquait-on dans cette usine de Saint-Ilan ? Différentes briques et tuiles, des pierres reconstituées qui copiaient l'aspect de la pierre de taille, ressemblant par leur composition aux agglomérés que l'on utilise aujourd'hui. La matière première était prise dans deux carrières (terre argileuse) et dans la grève (marne). La première carrière, « la Tranchée », se trouvait à côté de l'usine.

Le transport de l'argile se faisait au moyen de petits wagonnets appelés « Decauville » qui roulaient sur une voie étroite de 0,60 m de large. Cette voie partait de la carrière, traversait Boutdeville et pénétrait dans l'usine. Deux hommes suffisaient à pousser les wagonnets pleins.

La deuxième carrière se trouvait sur la route de Pommeret au lieu dit « Gouranton ». Là, trois ou quatre ouvriers extrayaient la terre et la chargeaient à la pelle dans le camion ou la charrette utilisés à cet effet. Les maraîchers des alentours, lorsqu'ils avaient un moment de libre, allaient à la carrière avec leur cheval et leur charrette afin d'augmenter un peu leurs revenus. La terre argileuse de Boutdeville et de Gouranton était mise en tas à l'entrée du terre-plein de l'usine de Saint-Ilan. Pendant ce temps, d'autres ouvriers allaient chercher la marne. Les chevaux qui tiraient ces charges s'enfonçaient parfois jusqu'au poitrail. Il fallait alors vider le chargement pour se garer de la marée montante. Deux ouvriers stockaient dans des fosses le mélange ainsi constitué de 2/3 d'argile, 1/3 de marne.

La terre arrosée par le maître-enfonceur restait là quatre ou cinq jours puis était transportée avec des brouettes jusqu'au broyeur. On travaillait par équipes de trois : le premier ouvrier faisait des boules de terre, le deuxième les plaquait dans le moule, le troisième les portait au four. Deux « enfourneurs » y rangeaient les briques sur trois étages. Après cuisson, trois manœuvres remplissaient à tour de rôle leur brouette de briques puis les mettaient en tas. Seuls les hommes  travaillaient autour des fours. Le petit four ne fonctionnait que l'été, le grand ne s'arrêtait pas et les chauffeurs se relayaient pour les entretenir. La présence des fours était signalée par deux cheminées de 50 m de hauteur.

Les femmes et les enfants étaient chargés de porter les briques et de les entasser dans les étagères afin qu'elles sèchent. Lorsqu'elles sortaient du four la première fois, elles étaient encore très tendres et devaient être mises à sécher avant de procéder à une deuxième cuisson. Les ouvriers remplissaient quelques caissons de briques qu'un cheval tirait jusqu'à l'embranchement de la ligne principale. Mais ce mode de transport était peu important ; la plus grande partie des livraisons se faisait par la route. Pour cela, on utilisait trois camions qui supportaient sept tonnes de charge. L'usine livrait loin du lieu de fabrication : Quimper, Pont-Labbé, Audierne, Douarnenez, Crozon, Pontoise… On livrait aussi pour l'aéronavale. Des bateaux venaient parfois jusqu'à la cale de Boutdeville (le « port Saint-Ilan » de l'affiche publicitaire des Tuileries et Briqueteries) où ils chargeaient la brique apportée par trois chevaux de la briqueterie, qui avaient leur écurie dans l’usine même.

III - LES CONDITIONS DE TRAVAIL

L'usine a compté entre 80 et 100 ouvriers ce qui était considérable pour la région et pour l'époque (une pointe en 1911 suivie des années 1921 et 1926).

Le travail commençait à 7 h 30. De 9 h 15 à 9 h 30, c'était le casse-croûte. Parfois le travail commençait plus tôt, à 6 h du matin pour finir à 18 h, avec une heure pour le déjeuner, de 12 h à 13 h. Sur la fin du fonctionnement de l'usine, il était accordé une pause de 1 h 30. Les arrêts pour aller aux toilettes étaient interdits. Les lieux d'aisance d'ailleurs n'existaient pas ; chacun se soulageait dans la nature pendant la pause casse-croûte ou celle du déjeuner ! Les conducteurs de camions commençaient eux aussi à 7 h 30, mais leurs journées se prolongeaient parfois jusqu'à 22 h ou 23 h. Tous travaillaient tous les jours sauf le dimanche.

Vie très dure qui de surcroît n'était pas exempte de brimades ! Le contremaître faisait parfois charger un wagon après l'heure sans contrepartie de salaire. Quand le syndicat a été créé, il n'y eut plus de wagons chargés en dehors des horaires. Les salaires étaient dans l’ensemble assez corrects : de 300 à 350 F la quinzaine. Les heures supplémentaires étaient payées de la main à la main.

IV - LA FIN D'UNE ACTIVITÉ

Le fonctionnement de l'usine se poursuivit sans interruption de 1864 à juin 1940. Après la guerre, en 1946, une tentative de remise en service fut faite, mais au cours des six années d'inactivité, les fours avaient beaucoup souffert de l'humidité, et les actionnaires refusèrent d'engager les fonds nécessaires à d'importants travaux dont la rentabilité ne pouvait se prévoir. La briqueterie fut donc définitivement fermée en 1947 et l'usine radiée du registre du commerce de Saint-Brieuc en 1949. En 1952, eut lieu la démolition d'une partie de l'usine, et la vente des matériaux qui pouvaient être réutilisés. Le grand four existe toujours, mais les deux grandes cheminées ont été démolies il y a une quinzaine d'années. Avec elles disparaissaient les vestiges de cette usine qui a marqué la vie des Grèves de Langueux pendant près d'un siècle.

Article communiqué par Jeannine NICLAUSE-BLONCE, paru dans le bulletin n° 16 du CG 22 (4e trimestre 1992).
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Sources :

  • De Lan-Guethenoc d'hier à Langueux d'aujourd'hui - Petite Histoire des Langueusiens à travers les âges, Lucien MONJARET et Michel ETESSE.

  • Archives Départementales des Côtes d’Armor : listes nominatives, dénombrements de la population, 6M223 et 224.

Commentaires  

 
0 # LORANT Pascal 31-08-2010 20:03
Bravo Jeannine pour cet article qui fut une bonne mise en condition avant la visite de la Briqueterie lors de notre cousinade 2010.
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